CultureMay the fourth be with IA : le cinéma adopte la force de l’intelligence artificielle

En remontant l’histoire de l’intelligence artificielle, on s’aperçoit que celle-ci a toujours existé dans l’imaginaire humain. Selon le livre de François Cazals et Chantal Cazals, le Golem, par exemple, illustre bien cet état de fait. En effet, c’est un humanoïde en argile, muet, créé par magie et au service de son créateur. On découvre son existence dans un verset de la bible. Celui-ci a inspiré par la suite de très nombreux écrits, des musiques, des sculptures, puis des films et bien d’autres objets culturels.
Mais depuis ces premières « vraies » apparitions dans les années 1950, l’intelligence artificielle a trouvé sa place de façon plus massive dans nos espaces et nos consommations culturels, notamment au cinéma. Constatez par vous-même, de plus en plus de séries, films, courts-métrages utilisent ce sujet nouveau qu’est l’IA.
Cependant, l’objet de cet article n’est pas de faire cet inventaire-là. Mais plutôt d’analyser ces nouvelles œuvres à la loupe. En effet, l’intelligence artificielle y est décrite, elle est un sujet et parfois même, elle est en tête d’affiche. Or, paradoxalement, l’IA a déjà trouvé sa voie et fait ses premières armes au cinéma. Alors, inspiré de la fameuse série Star Wars, je décris comment l’intelligence artificielle a donné sa force (devrais-je dire ses forces au plusieurs ?!). Car tel un Maître Jedi, elle permet d’innover ou d’accélérer le développement du 7ème art. En espérant que nous ne passions pas dans le côté obscur de celle-ci. En effet, je vous épargne un paragraphe sur la pornographie notamment.
Alors, que la force soit avec l’IA, au profit du cinéma et de ses spectateurs ! N’en déplaise aux puristes et artistes originaux !

Le cinéma adopte la force de l’intelligence artificielle

Se lancer dans une aventure cinématographique, relève souvent d’une croisade à la Indiana Jones. En effet, ce type de projet soulève de nombreuses questions que nous allons aborder tout au long de cet article. Quelle histoire raconter ? Pour quel public ? Comment réaliser et doubler le film ? Finalement, combien cela peut-il rapporter ?

Depuis l’idée originale, jusqu’à la diffusion de l’œuvre, il faut parfois compter plusieurs années. Écrire le scénario. Trouver le financement. Organiser le casting. Préparer et réaliser le tournage. Monter le film, puis le distribuer et le diffuser.
Mais il faut aussi s’appuyer sur de nombreuses compétences diverses : l’auteur, le réalisateur, les acteurs, le producteur, le monteur, les accessoiristes et toutes les personnes ‘dans l’ombre’ pour les assister.
Justement, une nouvelle compétence est désormais disponible pour assister une bonne partie de la chaine de valeur du cinéma. En effet, le cinéma s’appui désormais sur l’intelligence artificielle qui jusqu’ici était présente qu’au niveau du casting. En outre, le cinéma est, comme de nombreux autres secteurs, impacté par le phénomène de transformation numérique. L’IA et les données qui peuvent lui être administrées sont à présent un accessoire indispensable en coulisses !

Le big data donne des montagnes d’idées et d’opportunités

“Pour faire un bon film, vous avez besoin de trois choses : le script, le script et le script.”

Alfred Hitchcock (Artiste, Cinéaste) Tweet

Dans le processus d’idéation des idées et du script d’un film, de nombreux ingrédients sont nécessaires : Les éléments de l’histoire, les dialogues des personnages mais aussi les informations techniques nécessaires au tournage de chaque plan.
Or, la société Greenlight Essentials a conçu une solution basée sur l’apprentissage automatique pour permettre d’élaborer les meilleures combinaisons possibles d’éléments d’intrigues à succès.
Cette entreprise canadienne a décomposé des décennies de scénarios de films en plus de 40.000 éléments d’intrigues uniques. De plus ils ont analysé plus de 200 millions de profils d’audience pour répondre aux trois questions suivantes : Quels contenus les spectateurs veulent-ils voir sur grand écran ou dans la petite lucarne? Quel est le public cible par type de contenu? Comment atteindre son public cible?
D’une part, en utilisant ses algorithmes de traitement du langage naturel, on est en mesure de comprendre quelles combinaisons d’éléments de l’intrigue fonctionnent toujours et lesquels ne fonctionnent pas pour un public identifié. De nouvelles tendances peuvent émerger et d’autres décliner. Dès lors, il est intéressant de pouvoir suivre facilement ces évolutions.

D’autre part, la solution permet d’élaborer une stratégie marketing permettant de « cibler au laser » les personnes les plus enthousiastes à propos de son “story-telling”. Et aussi mieux stimuler l’engagement grâce à une meilleure connaissance des canaux pour les atteindre. 

L'intelligence artificielle auteur de script pour le cinéma

Enfin, si cela ne vous convinc pas, vous pouvez tenter d’utiliser une intelligence artificielle pour rédiger directement votre script. Ce fût le cas du court métrage de science-fiction « Sunspring » tourné dans le cadre du festival britannique Sci-Fi London. Ce festival propose chaque année un défi consistant à réaliser un film de science-fiction en 48 heures.

Le réalisateur Oscar Sharp et le chercheur en intelligence artificielle Ross Goodwin ont développé une IA nommée Benjamin. Cette dernière a été entrainée grâce à des dizaines de scénarios de films et séries de science-fiction, pour livrer son script dans un délai record.

Intelligence artificielle auteur du script pour le cinéma : Sunspring - Oscar Sharp et Ross Goodwin

L’analyse prédictive détermine la rentabilité du film au cinéma

Avant de se lancer, et trouver des réponses à toutes les questions ci-dessus en introduction, quoi de mieux que d’être capable de prédire la rentabilité du film? C’est ce que propose la société Cinelytic, qui s’est spécialisée dans les décisions cinématographiques. En effet, elle propose ses solutions basées sur une grande collecte de données et l’apprentissage automatique. Vous avez l’idée créative ? Ils ont les données complètes et des analyses en temps réel sur l’industrie du cinéma :

  • Les données analytiques sur les films et les acteurs, avec les analyses des performances respectives
  • Les données analytiques sur les distributeurs et les diffuseurs pour permettre de choisir les supports les plus adaptés

Dès lors, ces données permettent d’établir des prévisions financières, précises, rapides et robustes qui seraient fiables à 85% du temps. De plus, la solution embarque un outil de gestion de projet. Il permet de combiner tous les éléments de création et de diffusion du film. Ainsi que les budgets respectifs. Les sommes en jeu étant colossales, il est préférable de bien étudier la faisabilité et la rentabilité associée.
De nombreux studios, hollywoodiens (Warner Bros par exemple) notamment sont déjà dotés de cette solution. Et d’autres comme la 20th Century Fox ont développé leur propre solution en interne. Gageons que cette approche ne nuise pas à la créativité…

“Un film, c'est une psychothérapie très chère que les studios ne comprennent pas toujours. ”

Tim Burton (Réalisateur américain) Tweet

L'intelligence artificielle détermine la catégorie d’âge d’un film pour le cinéma

Des chercheurs de la Viterbi School of Engineering de l’université de Californie du Sud ont développé une IA très utile. En effet, elle est capable de déterminer en quelques secondes la catégorie d’âge d’un film. Il lui suffit de lire le script du film, pour ensuite délivrer son verdict. 
D’une part, le script ne contient pas que les dialogues des personnages mais aussi des informations sur l’environnement de chaque scène.

D’autre part, l’équipe de chercheurs a entrainé son apprentissage automatique à l’aide de 992 scripts de films. Et ceux-ci contenaient typiquement des contenus violents, toxicomanes et sexuels. Ce qui a permis de reconnaître les situations à risques et déterminer des modèles réutilisables pour les prochains films. Dans le processus, il classe les phrases à caractères positifs, négatifs, agressifs et autres. Et il tague ensuite automatiquement les mots et les phrases en trois catégories: la violence, la toxicomanie et le contenu sexuel.

Cette classification est obligatoire pour protéger les plus jeunes. Mais elle permet aussi de déterminer avant même le tournage la future audience du film. Dès lors, un film potentiellement interdit pour le jeune public peut comporter des risques financiers non-négligeables pour le producteur.

Témoignage du chercheur principal de la solution

« Notre modèle regarde le scénario du film, plutôt que les scènes réelles, y compris par exemple des sons comme un coup de feu ou une explosion qui se produisent plus tard au moment de la production. Cela a l'avantage de fournir une note bien avant la production pour aider les cinéastes à décider, par exemple, du degré de violence et s'il doit être atténué. »
Victor R Martinez
Doctorant en informatique à l'USC Viterbi School of Engineering
identifier les représentations violentes à partir de ce que disent les personnages

Identifier les représentations violentes à partir de ce que disent les personnages

Source : https://sail.usc.edu/~victorrm//projects/riskybehaviors

Réaliser les doublages d'un film grâce au deepfake

Qu'est-ce qu'un deepfake ?

Il est perçu par certains comme une menace, car de plus en plus de fake news envahissent le Web. Mais il représente aussi une opportunité pour d’autres, les producteurs de contenus. Je veux parler de la technologie deepfake qui permet notamment de superposer des fichiers audio ou vidéo sur des supports vidéo.
Ce terme Deepfake est une contraction des mots « Deep Learning  » (Apprentissage profond) et  « Fake » (faux). Ils en résultent de faux contenus rendus profondément crédibles et réalistes grâce à au machine learning.
Voici un exemple de ce qui est réalisable en matière de deepfake, avec justement un épisode de la série Star Wars : ici l’acteur principal est remplacé par Harrison Ford, quel BG!! 😍

Plus de deepfake à visionner sur la chaîne derpfakes

Le deepfake au service du cinéma

En ce qui concerne le doublage d’un film, il est nécessaire que la voix sonne vraie. Il faut aussi que l’intonation soit précise notamment autour des ponctuations. Enfin il faut évidemment qu’elle transmette des émotions.
D’une part, les voix de synthèse sont de plus en plus « faciles » à fabriquer afin d’éviter l’étape d’enregistrement en studio par de véritables acteurs. Désormais, le machine learning est capable d’enregistrer des milliers de phrases enregistrées, en entrée, analyser les inflexions naturelles et les reproduire fidèlement en sortie.

D’autre part, plus le réseau de neurones étudie ces enregistrements, avec un large éventail d’émotions, plus il est capable d’améliorer le résultat de sortie. Le rendu final est susceptible de remporter le fameux test de Turing.

Les producteurs de films, limitent ainsi les coûts et la durée de production. Ce qui offre potentiellement la possibilité de produire davantage, notamment lorsqu’il s’agit d’une série.

Voici un autre exemple de deepfake avec encore un épisode de la série Star Wars : ici l’acteur principal est remplacé par Homer Simpson, tant au niveau du visage que la voix, moins BG qu’Harrison Ford 😁

Plus de deepfake à visionner sur la chaîne Speaking of AI

Ajouter les sous-titres et leurs traductions au film

Dans mon entretien avec Florian Stègre sur l’IA et le Speech to text, nous découvrons comment l’intelligence artificielle permet d’automatiser et de traduire des sous-titres vidéo. En effet, les algorithmes du speech to text sont désormais capables de reconnaître, avec une exactitude proche de plus de 90%, les mots et expressions d’un extrait audio ou vidéo.

Les champs d’application sont nombreux. En l’occurrence, pour le cinéma, cela permet d’accélérer le processus de sous-titrage, à l’origine long et parfois fastidieux. Ce travail qui a toujours été réservé à des professionnels de la transcription et de la traduction, se voit ainsi révolutionné : la solution Checksub offre un grain de temps en automatisant les sous-titrages et permet dans la foulée de proposer la traduction jusqu’à 140 langues.

Cette startup française a apporté sa contribution notamment sur des films pour TF1 et M6.

Optimiser la diffusion des films

Enfin, une dernière illustration où le cinéma s’appui sur l’intelligence artificielle : la diffusion avec un meilleur “reach” et une expérience utilisateur améliorée.

Netflix, le géant de la vidéo à la demande compte plus de 195 millions d’abonnés dans plus de 190 pays. Une réussite qui tient à sa capacité de s’adapter, d’apprendre de ses erreurs et surtout de s’auto disrupter avant que le marché du DVD ne l’y contraigne à l’époque. Dans un nouveau monde où le consommateur est désormais ultra-connecté, très friand de vidéo, et de surcroit confiné depuis 2020, la plateforme multiplie les succès de production et de diffusion.   

Alors, une des clés de son succès réside dans son obsession pour l’expérience client #UX. L’audience veut le contrôle et la liberté de choisir, que ce soit au niveau du contenu (le plus personnalisé possible) comme du contenant (tous types d’écrans avec reprise de lecture là où nous nous sommes arrêtés).

A ce titre, Netflix a développé une intelligence artificielle pour alimenter son moteur de recommandation et améliorer les chances de succès d’un film. Grâce à l’apprentissage automatique et à la modélisation statistique, elle propose des films ou séries qui matchent avec l’utilisateur, qu’il n’aurait pas forcément trouvé seul.   

AI - Intelligence Artificielle » de Steven Spielberg sortie au cinéma en 2001

Pour le clap de fin de cet article, je vous propose une analyse en vidéo du film culte « AI – Intelligence Artificielle » de Steven Spielberg. Celle-ci a été réalisée par lanterneETcervoise (critiques film de cinéma) : 

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